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Colloque international
L'AUTOMATE.
Modèle, Machine, Merveille
“Pour faire connaître que les mouvements de ces ailes ne ressemblent point à ceux qu’on voit dans les grands chefs-d’œuvre du Coq de l’Horloge de Lyon et de Strasbourg, tout le mécanisme du Canard artificiel sera vu à découvert, mon dessein étant plutôt de démontrer, que de montrer simplement une machine. Peut-être quelques Dames, ou des gens qui n’aiment que l’extérieur des animaux, auraient mieux aimé le voir tout couvert ; mais outre que cela m’a été demandé, je suis bien aise qu’on ne prenne pas le change, et qu’on voie tout l’ouvrage intérieur.”
Vaucanson, Lettre à Desfontaines.
AUTOMATE 1. Machine et, en particulier, machine imitant les êtres animés, qui se meut par ressort.
Les automates de Vaucanson.
Littré.
Le tricentenaire de la naissance de Jacques Vaucanson fournit l’occasion de mettre en évidence la complexité d’un objet, l’automate, qui se situe au carrefour des savoirs et des représentations, du cognitif et de l’imaginaire et, partant, l’ambivalence et l’interpénétration des discours – scientifique, technologique, esthétique – auxquels il donne lieu.

La personnalité de Vaucanson est à cet égard emblématique, en ce qu’elle tient tout à la fois de l’homme de science, de l’ingénieur et du bateleur. Savant du siècle des Lumières, Vaucanson conçut des automates destinés à (dé)montrer les lois de la physique des sons (“flûteur”, joueur de tambourin) ou les fonctions biologiques de l’homme et de l’animal (canard “digérateur”, mais aussi projet d’homme parleur et d’automate à circulation de sang, pour lequel il s’adjoignit les compétences du chimiste Macquer). “Machiniste” convaincu, figure de l’âge préindustriel, il assuma les fonctions d’Inspecteur des Manufactures et réforma l’industrie de la soie par la réorganisation du travail et par le perfectionnement ou l’invention de machines-outils (dont un métier à tisser automatique). Talentueux “démonstrateur”, il sut mettre en scène ces merveilles d’art que sont les automates, mais aussi réunir des modèles de machines qui furent à l’origine du Conservatoire national des arts et métiers.
Au triple visage de Vaucanson répond la triple dimension de l’automate, qui se recommande à l’attention de l’homme de science par son pouvoir heuristique, à celle de l’ingénieur par la technologie dont il procède, à celle du bateleur par son aptitude à susciter l’émerveillement ou la curiosité. Tels sont précisément les trois aspects – étroitement solidaires – que l’on se propose de mettre au jour. En d’autres termes, la réflexion portera sur les trois fonctions que l’automate, réel ou rêvé, est susceptible de remplir, tantôt séparément, tantôt successivement, voire simultanément.
L’automate comme modèle
Si les machines capables de mouvements spontanés ont vocation, dès l’Antiquité, à simuler la nature et les êtres animés, l’automate accède, à l’âge classique, à un statut nouveau : de simulacre, il devient modèle scientifique ; alliant savoirs techniques et savoirs du corps (anatomie, médecine), les « anatomies mouvantes » sont supposées donner à voir les fonctions du vivant. Mais le domaine de compétence du modèle de l’automate s’élargit bien au-delà des sciences de la vie : des moralistes aux libertins, la machine-automate fournit, plus qu’une image, un instrument de modélisation. Il s’agit ici de poser des jalons pour une histoire de ce modèle et de son expansion, des théories scientifiques dont il procède, et des prolongements qu’il trouve (de l’homme fabriqué à l’homme réparé) dans le champ de l’imaginaire et de la fiction.
L’automate comme machine
Depuis l’Antiquité, l’automate est une espèce du genre des machines, au sein duquel il est traditionnellement caractérisé par sa capacité à imiter les mouvements spontanés des êtres vivants, et donc leurs fonctions. La fabrication des automates bénéficie conséquemment du progrès des machines. Il s’agira d’examiner le système technologique qui a rendu possible la fabrication des premières machines-outils comme la promotion des automates. Concurremment, il s’agira d’examiner ce que l’imaginaire associé à l’automate doit au système des représentations liées au développement des machines.
L’automate comme merveille
Si l’automate a partie liée avec la merveille, c’est sans doute, en première instance, en tant qu’objet d’art, de curiosité ou de foire ; c’est encore en tant qu’image, à la fois comme représentation susceptible de porter une fantasmatique mais aussi comme support d’autres modes de représentation, fictions, discours, illustrations. Mais c’est aussi, plus profondément, et quand bien même on ne le considère qu’en tant qu’objet scientifique et technique, parce que l’émerveillement est partie prenante de sa constitution et de son fonctionnement. On tentera ici de démêler l’écheveau des raisons pour lesquelles, de sa conception à sa réception, la merveille circonscrit l’automate.
Le colloque international L’automate : modèle, machine, merveille explorera donc le vaste champ ouvert par la figure de Vaucanson, au carrefour de disciplines aussi diverses que l’histoire des sciences et des techniques, l’histoire de l’art et l’esthétique, la philosophie et la littérature, sans présumer d’une direction plutôt que d’une autre, ni restreindre l’enquête à l’âge classique : il s’agit aussi de resituer l’automate dans une histoire, et dans une typologie qui reste à faire, où coexistent de façon souvent confuse toutes sortes de simulacres, des artefacts aux marionnettes, golems, robots, androïdes…
ILLUSTRATION : La “joueuse de tympanon”. Cliché original J.C. Wetzel © Musée des arts et métiers-CNAM, Paris.
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