|
|
Colloque international
L'AUTOMATE.
Modèle, Machine, Merveille
 
ATTENTION ! En raison des mouvements sociaux prévus pour la journée du 19 mars, le programme ci-dessous pourra subir des modifications ponctuelles.
Jeudi 19 mars 2009
8h45
Accueil des participants
9h00
Ouverture : allocutions de
Monsieur Bernard Bouhet, Directeur de la Maison des Sciences de l'Homme-Alpes
Monsieur Michel Destot, Maire de Grenoble
Madame Lise Dumasy, Présidente de l'Université Stendhal, et Madame Isabelle Paillart, Vice-présidente du Conseil scientifique de l'Université Stendhal
Monsieur René Favier, Vice-président du Conseil scientifique de l'Université Pierre Mendès-France
9h25
Sophie Roux, Bernard Roukhomovsky
Introduction
Nature, artifice, machine
Présidente : Sophie Roux (Université Grenoble 2 / IUF)
9h45
Jean-Yves Goffi (Université Pierre Mendès France-Grenoble 2)
Nature et artifice
La différence entre ce qui est fait et ce qui est né semble à ce point irrécusable que J. Habermas, dans son ouvrage L’avenir de la nature humaine, lui assigne le statut d’un argument contre l’utilisation aventureuse des biotechnologies. Mais, bien entendu, la différence entre ce qui est né est ce qui est fait est un cas particulier de la différence entre ce qui est naturel et ce qui est artificiel. Il serait faussement original d’affirmer que la distinction entre le naturel et l’artificiel est faussement simple. Elle se décline en plusieurs versions : lorsqu’il est question de distinguer les artefacts des êtres qui ne sont pas des artefacts (question ontologique) ; lorsqu’il s’agit de classer ou d’organiser des entités comme des espèces animales ou végétales, ou encore des maladies (question taxonomique); lorsqu’il est question de déterminer la valeur respective de la norme et de ce qui n’est pas elle (question axiologique). On se situera au croisement entre la question ontologique et la question taxonomique, pour interroger l’approche “évolutionniste” des objets techniques.
10h30
Pause
11h00
Dennis Des Chene (Washington University)
The “Self” in Self-movers
Aristotelian souls are distinguished from other natural forms in part by virtue of being a self-mover, an automaton. That aspect of the "automaticity" of living things in early modern philosophy has been addressed less often than the modelling of them by machines. In this talk I will consider notions of self-movement in De Anima commentaries and then in some key figures of early modern philosophy, mainly Descartes and Leibniz.
11h45
Domenico Bertoloni Meli (Indiana University)
Machines and the Body between Anatomy and Pathology
This paper takes the lead from an important passage in Marcello Malpighi's Risposta to Giovanni Girolamo Sbaraglia surveying the role of machines in the understanding of the body. Traditionally Malpighi's passage and the role of machines more generally have been discussed in connection with anatomy — or, as we would say, physiology. A closer look at the text and its sources, however, reveals that Malpighi and some of his contemporaries did not limit their reflections to the healthy body but extended them to the study of disease as well: thus machines had a role in pathology as well.
12h30
Déjeuner
Préludes au siècle de Vaucanson
Président : Jacques Lambert (Université Grenoble 2)
14h00
Elly Truitt (Bryn Mawr College)
The Dramatization of Time
The modern traveler can go to Strasbourg and see what was once the most complex machine in the western world, the astronomical clock in the cathedral of Notre-Dame. On it, personifications of the days of the week wheel by in mechanical chariots. Four figures — infant, youth, adult, and old man — divide the day into quarters. A mechanized astrolabe demonstrates the position of the stars. A lunar calendar shows the phases of the moon. Every hour, Christ battles Death, with Death winning every battle except the last. A mechanical rooster crows every hour, like Chanticleer.
This, most famous, version of the Strasbourg clock was completed in the 1580s, after a long renovation. However, it was first built in the mid-fourteenth century, shortly after the appearance of the mechanical escapement, and was one of the first monumental astronomical clocks. Beginning in the early fourteenth century, these clocks appeared all over Europe, and were often attached to churches, cathedrals, and monasteries. These early clocks, including the original version of the Strasbourg clock, had trains of automata attached — praying monks, Virgin and Christ child, roosters, and the Three Magi. These, like the refurbished and expanded automata on the renovated clock, dramatized sacred and secular time, and vividly illustrated the interpenetration of the microcosm and macrocosm.
In this paper, I will focus on the automata on the Strasbourg clock, and will argue that the passage of time was given meaning and placed into a Christian context by the automata on the clock, and that this Christian context was the most important function of the clock and its automata. Although, in the seventeenth century, the clock and its automata were invoked by natural philosophers to formulate ideas of the clockwork universe and man as automaton, their central function from the mid-fourteenth until the late sixteenth century was to symbolize the majesty of God’s creation and the glory of divine salvation. The clock as Strasbourg was a vital part of the Easter service, and Passion plays staged in the cathedral were coordinated with the movements of the automata. In this way, the Strasbourg clock (and others like it), differed significantly from Islamic clepsydrae (also with elaborate automata), which did not use automata for religious or theological purposes, but is more similar to fantastical literary automata found in medieval romances...
14h45
Patricia Radelet-De Grave (Université Catholique de Louvain)
Merveille, machine et mécanique au XVIIe siècle: la relecture de Héron d’Alexandrie par Grégoire de Saint Vincent.
Dans un petit livre habité de Putti expérimentateurs, agissants dans un décor copié des Amorum emblemata de Otto Vaenius, le maître de Rubens, Grégoire de Saint Vincent (1584–1667) pose la question : “Quand vous vous étonnez des statues qui se meuvent, sur quoi porte cette admiration ?” et il répond : ”Pour moi, c’est que le poids qui conduit la statue se transporte lui-même.” Il donne à sa manière une définition de l’automate.
15h30
Pause
16h00
Noémie Courtès (Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines)
Machine et merveille sur les scènes de l’âge classique
Il n’y aurait pas dû y avoir de machines dans le théâtre du XVIIe siècle à en croire les Doctes qui niaient l’importance du montrer pour préconiser le dire ; de fait, dans le pur théâtre parlé de l’époque, les réguliers prennent le pas sur les irréguliers et la rhétorique supplante la manifestation visuelle (qu’on pense au récit de Théramène).
Mais le théâtre a toujours utilisé des machines et certains effets se sont conservés depuis le Moyen Âge : elles apparaissent en force (les voleries en particulier) dans d’autres formes de spectacle du XVIIe siècle – ballets, pièces à machines, opéra. En dépit d’insuffisances techniques, ils sont progressivement perfectionnés, dans une vision non plus théologique mais illusionniste, par des ingénieurs venus le plus souvent d’Italie. Le lien entre machine et théâtre est même si fort que le Dictionnaire universel de Furetière prend les spectacles pour premier exemple de machine (“On donne le nom de machine en général à tout ce qui n’a de mouvement que par l’artifice des hommes, comme les scènes et les Théâtres mobiles, les chars, les nues, les vaisseaux, et aussi ce qui sert aux hommes pour faire des choses qui sont au-dessus de leurs forces, comme les vols, les descentes, etc. […]”) et que Fontenelle, dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes, voulant expliquer à la Marquise sa théorie machiniste de l’univers, prend des coulisses pour métaphore explicative (“[…] qui verrait la Nature telle qu’elle est, ne verrait que le derrière du Théâtre de l’Opéra.”).
Il s'agira d'éclairer ce paradoxe d’une machinerie à la fois niée et plébiscitée et d'expliquer en quoi elle apporte un merveilleux spécifique au théâtre, certes reconnu – à contre-cœur – par Corneille mais qu’il faudra attendre jusqu’au XIXe siècle pour voir exhibé par Coppélia.
16h45
Bernard Roukhomovsky (Université Stendhal-Grenoble 3)
Les Caractères de La Bruyère ou le théâtre des automates
Mon propos portera sur le sens et le statut de la métaphore de l'automate dans Les Caractères (1688-96). En prenant appui notamment sur l'analyse de la remarque 142 du chapitre “De l'homme”, je m'efforcerai de montrer ce que, au-delà de la référence — inaugurale et programmatique — au paradigme théophrastien, la conception du caractère (dans la double acception rhétorique et morale du terme) doit, chez La Bruyère, à l'image — ou au modèle — de l'automate.
19h30
Buffet
20h30
Ciné-concert au Musée dauhinois
Metropolis revisité (voir notre rubrique “À l'affiche”)
Vendredi 20 mars 2009
Figure(s) de Vaucanson
Président : Bernard Roukhomovsky (Université Grenoble 3)
9h00
Sophie Roux (Université Pierre Mendès France-Grenoble 2 / IUF)
Le parfait mécanicien
À la manière des Vies de saints, les Éloges des académiciens eurent une fonction normative : indiquer ce que les sciences doivent être et ce qu’il convient de faire pour être de bons savants. Ainsi, l’Éloge de Vaucanson que rédigea Condorcet dégage-t-il les caractéristiques du bon mécanicien : par ses automates, il représentait la nature plus qu’il ne l’imitait ; dans une science où il n’y a pas de principe constant, il mit en œuvre la « géométrie de situation » que Leibniz appelait de ses vœux ; il fabriqua des machines parfaites, c’est-à-dire des machines dont les mouvements sont à la fois précis, uniformes et réguliers. Sans chercher à faire le départ de ce qui appartient à Condorcet et de ce qui appartient à Vaucanson dans cette caractérisation, il s’agira d’en cerner les enjeux par une comparaison avec des caractérisations qu’on trouve dans des textes antérieurs.
9h45
Jean-Luc Martine (Université de Bourgogne)
Vaucanson comme personnage conceptuel dans l’Encyclopédie : le machiniste, le mécanicien et les raisons des Lumières
Dès les premiers échos de ses prouesses, Vaucanson devient un personnage. Ou plutôt, il devient plusieurs personnages, souvent peu compatibles entre eux. La position que lui confère sa stature spectaculaire fait de son travail un enjeu pour la pensée et un objet de choix pour l’imaginaire du siècle. Traversés par des structures imaginaires et conceptuelles souvent contradictoires, les discours sur Vaucanson constituent l’un des lieux où les tensions profondes qui traversent la notion de machine au XVIIIe siècle se rendent visibles. Dans ces figures de Vaucanson, ce sont les tensions propres à l’idée classique de machine qui se donnent à lire. En elles se synthétise l’héritage d’une idée complexe et impossible à unifier sous la simplicité d’un concept univoque. Profondément, ces variations renvoient aux formes de rationalité très différentes qui sous-tendent l’idée de machine aussi bien que les visages du personnage Vaucanson. Dans la figure du machiniste ou du mécanicien, s’incarnent les forces distinctes et les régimes de pensée opposés qui se partagent l’idée de machine. Ces figures de Vaucanson deviennent également les emblèmes des nouvelles formes de rationalité qui revendiquent et se partagent l’héritage cartésien, pour le déploie dans des directions qui deviennent de moins en moins conciliables.
Nous tenterons de recomposer ces figures de Vaucanson partir du vaste répertoire de discours qu’est l’Encyclopédie, en nous attachant particulièrement aux deux Vaucanson incompatibles que fabriquent respectivement Diderot et D’Alembert, chacun pour les besoins de sa propre conception de la pensée.
10h30
Pause
11h00
Paolo Quintili (Università Tor Vergata, Rome)
Machine, travail et vie : Jacques Vaucanson dans l'Encyclopédie
La présence de J. Vaucanson dans l'Encyclopédie de Diderot est discrète mais fondamentale. Les deux articles Automate et Androïde registrent ces néologismes, à travers une paraphrase-citation directe – avec des transformations textuelles intéressantes – des Mémoires de Vaucanson. Mais d'autres signes, cachés dans les renvois, portent témoignage de l'importance du modèle que deviendra l'idéal pan-mécaniste du “grand ingénieur”, dans les domaines des sciences de la vie et du travail. Jusqu' au célèbre Éloge de Vaucanson, écrit par Condorcet pendant la Révolution, dont on fournira une analyse.
11h45
Grégoire Chamayou (Université Paris VII-Denis Diderot)
L’émeute des automates. Vaucanson et la révolte contre les machines
En 1744, le cardinal de Fleury envoie Vaucanson à Lyon afin d’y perfectionner les procédés de tissage de la soie. Le mécanicien forme un projet de machine à tisser. L’automate, de curiosité mondaine, est en train de devenir un modèle pour la réorganisation de la production. La machine va quitter les salons pour entrer dans l’atelier. A peine arrivé à Lyon, Vaucanson y est accueilli par des jets de pierres. Quelques mois plus tard, sa tentative se solde par une formidable émeute des ouvriers tisseurs, à laquelle le savant ne parvient à échapper qu’en se déguisant en moine. À partir de cet événement - l’une des premières occurrences en France d’une longue série de révoltes contre les machines -, il s’agit de saisir la façon dont s’est formulé au XVIIIe siècle le problème social et politique de l’automatisation.
12h30
Déjeuner
L'automate au carrefour des savoirs
Président : Jean-Yves Goffi (Université Grenoble 2)
14h00
Sarah Carvallo (École Centrale de Lyon)
De la Fabrique du corps au Corps-machine en passant par les Automates
Les différents automates de Vaucanson incarnent les trois usages traditionnellement dévolus à ces machines : une fonction d'utilité pour accomplir des tâches mieux ou plus économiquement, une fonction de divertissement ou d'émerveillement et une fonction d'analogie à l?égard du vivant. Ces deux derniers aspects sont liés : en lien avec les leçons de Claude-Nicolas Le Cat et en concurrence avec sa propre tentative de construire un automate, certains automates de Vaucanson visent en effet à démontrer des thèses physiologiques. Le projet de Vaucanson s'éclaire ainsi à partir des prémisses médicales et philosophiques, qu'il peut trouver chez son maître en anatomie et physiologie. Comment, de son point de vue chirurgical, Le Cat reprend-il et transforme-t-il le double héritage du corps machine et merveille ?
Se référant à la tradition antique et moderne, N. Le Cat thématise le corps comme machine. Implicitement, il prend acte du glissement sémantique qui s'opère à l'âge classique dans le passage du terme de fabrique à celui de machine. Cette évolution sémantique reflète un changement conceptuel dans la manière de penser le corps : d'un corps référencé à un créateur, la médecine passe à un corps produit univoquement par la nature. Les traités anatomiques et physiologiques de N. Le Cat incarnent particulièrement cette tension. Un premier axe consiste donc à explorer la sémantique mise en œuvre pour dire le corps comme machine.
Parallèlement à cette évolution sémantique, l'analogie entre le corps et la machine change de sens. D'une part, les machines invoquées changent de nature. De l'horloge convoquée au dix-septième siècle, le modèle du dix-huitième devient la manufacture ou l'instrument de musique. D'autre part, d'une interprétation aristotélicienne et scolastique en termes de perfection, le corps humain s'inscrit désormais dans la perspective univoque d'une perfectibilité. Par contre-coup, cette thématisation du corps parfait ou perfectible permet de justifier la deuxième fonction traditionnelle des machines : émerveiller. À cet égard encore, N. Le Cat exprime d'un côté son ancrage dans la tradition lorsqu'il travaille les analogies qui relient l'homme au macrocosme ou aux autres êtres, et sa rupture lorsqu'il pose la nécessité de perfectionner l'homme.
14h45
Joan Landes (Pennsylvania State University)
“Tableaux (quasi) vivants” and Simulacra : Anatomy and Design in Vaucanson’s Automata
The young mechanician Vaucanson was not exceptional among his contemporaries for showing an early interest in anatomy. On his first stay in Paris between 1728 and 1731, he followed a course devoted to mechanics, physics, and anatomy. At age 22, Vaucanson met and attended the lectures of the famous Rouen surgeon and corresponding member of the Academy of Surgery, Claude-Nicholas Le Cat : an admirer of mechanist philosophy and physiology, who is credited with having authored a (lost) mechanist treatise, Déscription d’un homme automate, which appears to have predated Julien Offray La Mettrie’s 1747 L’Homme Machine. Anatomy offered Vaucanson, firstly, a scientifically credible knowledge of the body’s structure, function and organization. Secondly, it provided the mechanic with a model of the artful construction or material reassemblage of a living body different from a mere machine in motion. Thus he referred to automata as “moving anatomies,” artificial beings that reproduced “as faithfully as possible the organs and functions of human beings or animals.” In the contact of contemporary philosophy and medicine, I propose to discuss the role of anatomical investigation in the modeling of artificial beings. If, according to Diderot, Cartesianism offered nothing more than a view of (the animal) man as a bête machine — brute matter, uninformed by sensibility — by what means could anatomy (the study of dead matter) bring to life what Diderot called, “the vivid effect on our soul of an infinity of delicate observations” ?
15h30
Pause
16h00
Alain Mercier (CNAM / Musée des arts et métiers)
Ré-création / Re-création : une approche épistémologique des automates de Vaucanson
Lorsque Jacques Vaucanson conçoit et fait fabriquer les automates qui le rendront célèbre, ce n'est certes pas en bricoleur de génie ! Rompu aux arcanes de la mécanique de haute précision, l'“ngénieur” inscrit sa démarche dans une logique de rentabilisation très soigneusement pensée.
Mais surtout, le Flûteur automate et le Canard digérateur, reflètent des choix philosophiques et scientifiques à travers lesquels on peut décoder les grandes querelles médicales d'une époque de transition, l'émergence du mythe de l'homme-machine, les imperfections de l'acoustique pré-eulérienne, la pérennité d'une approche ludique de la physique.
Entre la récréation spectaculaire et la recréation biologique, Vaucanson crée l'événement, suscite un engouement sans pareil dont l'analyse épistémologique permet de cerner les raisons les plus profondes.
16h45
Aurélia Gaillard (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3)
Les automates du XVIIIe siècle : des machines à imiter des machines
Vaucanson ne prétend, en réalisant son canard “digérateur”, “qu’imiter la mécanique de cette action”. L’automate ne s’édifie pas seulement à l’âge classique comme représentation du vivant (selon une définition du vivant comme animé) mais comme représentation d’une machine qui représente le vivant. Gérard Simon (“Les machines au XVIIe siècle…”, 1982) l’a souligné : on est vite pris dans “le vertige des similitudes” et le complexe rapport d’intrication entre la machine et la nature ; la machine est conçue sur le modèle de la nature elle-même largement pensée comme machine.
En me plaçant délibérément du point de vue des automates du XVIIIe siècle et en partant des exemples fameux d’automates de Vaucanson, de Von Kempelen (le vrai/faux joueur d’échecs et le parleur) et de l’abbé Mical (les têtes parlantes) notamment, c’est ce rôle d’“intermédiaire” (on dirait sans doute en langage informatique “d’interface”) mais aussi de recyclage de l’automate que je souhaite examiner : l’automate en se situant à la limite de grands domaines épistémologiques (l’artifice et la nature, la technique, la science, le savoir et la merveille, l’art, le mythe, le jeu), sert de modèle de limitation, est un outil de discrimination des domaines (des savoirs et de la merveille notamment) mais aussi un espace de liaison.
Il s’agit donc d’abord de montrer la superposition (par convergence ou circulation, voire parfois par discordance) des domaines et des disciplines engagées dans la production et la représentation des automates au XVIIIe siècle afin de comprendre comment s’articulent les trois ou quatre fonctions principales des automates de cette époque : l’invention mécanique (la prouesse technique), le modèle scientifique (penser le vivant, “démontrer plutôt que montrer”, écrit Vaucanson), mais aussi l’objet d’art (Vaucanson et Coysevox) ou de curiosité et de foire, l’objet imaginaire ou fantasmatique. On s’attachera par exemple à voir comment dans les discours et les gravures, les limites entre supercherie (truquage, tour de magie) et émerveillement technique sont sans cesse déplacées et recomposées. On pense notamment au turc joueur d’échecs de Von Kempelen et aux “têtes parlantes” de Mical. Ainsi il s’agit surtout, à travers cette superposition des domaines d’examiner la confusion et la complexification des limites afin de répondre à la question : à quoi servent ces machines à imiter des machines ? On peut retenir l’hypothèse de merveilles de substitution (au divin).
19h30
Promenade en ville
Parcours Vaucanson
20h30
Banquet en ville
Autour du canard…
Samedi 21 mars 2009
Un modèle à l'essai
Présidente : Aurélia Gaillard (Université Bordeaux 3)
9h00
Tobias Cheung (Max Planck Institut für Wissenschaftsgeschichte, Berlin)
The construction of new similarities between animals, humans and machines in the XVIIIth century
In the XVIIIth century, naturalists, physicians, philosophers and engineers reshape the field of similarities between animals, humans and machines. Within this field of new similarities, the ‘automata’ becomes the major comparative tool. I will focus on some aspects of these similarities in the writings of La Mettrie, Bonnet and Condillac, especially on the so-called “statue” of the human animal and on models of self-moving organic architectures.
9h45
Charles T. Wolfe (University of Sidney)
Automates corporels, corps-machines et figures de l’organisation : matérialismes et mécanismes face au vivant, 1650-1750
Les anti-matérialistes tels que Lamy, Bergier, et Frédéric II affirment que les matérialistes réduisent l’homme à un automate. Après tout, un des livres les plus célèbres de l’époque ne s’intitule-t-il pas L’Homme-Machine ? Mais la réalité est plus complexe. D’une part on a pu montrer que La Mettrie emploie la machine surtout comme analogie et ne réduit jamais les propriétés “organiques” aux propriétés “inorganiques”. D’autre part, et inversement, les physiologies mécanistes (Descartes, Boerhaave) et a fortiori micro-mécanistes (Haller) ne sont pas dépourvues de dimensions explicatives fonctionnelles, rendant donc compte de la spécificité des vivants sans être toutefois finalistes. Enfin, les modèles de l’organisation et de l’économie animale creusent un terrain qui apparait parfois comme un mécanisme élargi, parfois comme un vitalisme qui serait compatible avec des modèles mécaniques “heuristiques” (Bordeu, Ménuret de Chambaud). Il nous reste donc à comprendre la figure matérialiste de l’automate corporel, irréductiblement organique et pourtant entièrement “automatique” dans ses déterminations physiques et affectives (comme dans le Discours sur le bonheur de La Mettrie). Cette figure mérite-t-elle encore d’être qualifiée de “machine” ou de “mécanique” ?
10h30
Pause
11h00
Anne Deneys-Tunney (New York University)
Automate, sexe et philosophie chez Diderot
On examinera comment dans plusieurs œuvres de Diderot la notion d'automate est mobilisée (dans son origine cartésienne) pour être critiquée. Le sexe échappe au modèle de l'automate et ouvre ainsi la philosophie à la question de la jouissance.
11h45
Caroline Jacot Grapa (Université de Cergy-Pontoise)
Automates et marionnettes : l’humain à l’épreuve du mécanique
“Vous me prenez pour un automate !” s’indigne l’auteur dans Jacques le fataliste et son maître, faisant écho au portrait qu’il a donné du maître de Jacques, et dans lequel celui-ci est caractérisé par l’aliénation de l’automate symbolisée par une triade fétiche, sa montre, sa tabatière, son Jacques. Le maître est de cette “espèce” qui ne parle pas et agit de manière mécanique, destitué de tout libre-arbitre, dépendant en tout de son serviteur. Diderot gratifie certes son lecteur d’un caractère dans le goût des moralistes, mais la métaphore dévalorise implicitement la proposition de Vaucanson, dont le canard ou le flûteur avait été promu comme modèle scientifique, heuristique, succédané des expériences sur le vivant – même si le maître peut apparaître comme une sorte de cobaye entre les mains de l’opérateur Jacques.
Mon propos est d’examiner les ressources de la métaphore de l’automate, qui a partie liée avec celle de la marionnette (Jacques considère que son maître a été tout du long sa marionnette). On voit apparaître d’une part, en marge de l’imaginaire scientifique du corps-machine tel que le conçoit exemplairement un La Mettrie par exemple (et qu’il hérite du Traité de l’homme de Descartes), imaginaire de la “structure des corps, et sur lesquels la volonté n’a aucun pouvoir” (art. “Automatique”, Tarin, Encyclopédie), une figure d’“aliénation involontaire”, selon une expression du Rêve de d’Alembert, qui (de Shaftesbury à l’Émile de Rousseau, ou De l’homme d’Helvétius) fait passer le fantôme d’une société d’automates soumise à un pouvoir despotique, dont il faut interroger les rapports avec le développement encore très limité de la mécanisation, à laquelle contribue Vaucanson, en tant qu’Inspecteur des Manufactures.
Mais ce modèle promis à des développements critiques majeurs, ne se conçoit pas sans celui d’une “aliénation volontaire” (j’emprunte encore ce terme au Rêve de d’Alembert) liée à l’apprentissage de techniques qui font appel au travail, à la répétition, à l’acquisition d’habitudes mécaniques. Ce n’est pas à un éloge du travail que l’on est conduit, mais à une réflexion sur l’habitude, sur la main de l’homme mais aussi sur la liaison des idées (Locke), et moins sur le machinal que sur l’automatique, qui aliène, mais pourrait s’avérer susceptible de libérer un certain potentiel qui est peut-être d’ordre imaginaire.
12h30
Déjeuner
Pulsions, passions, machines
Président : Jean Serroy (Université Grenoble 3)
14h00
Sarah Benharrech (University of Maryland)
La jeune fille automate et le moraliste
La nature est le premier automate d’après une perspective mécaniste dont la terminologie, comme le remarque François Jacob, imprègne tout discours naturaliste. Et l’ignorance des mécanismes qui la meuvent génère émerveillement ou terreur. Or, envisager la nature comme un automate suggère que l’on a le désir d’en connaître les ressorts cachés, voire de les dupliquer par des automates artificiels qui à leur tour produisent beaucoup d’effet mais nient l’émerveillement premier. Le scientifique se substituant au théologien, les objets naturels privés de leur mystérieuse profondeur deviennent des surfaces planes, des machines qui contribuent au divertissant spectacle de la nature.
Tel est le sens d’une anecdote que le Spectateur français de Marivaux pose comme fable étiologique de son regard de moraliste et que nous voudrions réexaminer à la lumière de la problématique de l’automate.
On connaît l’histoire : le jeune homme amoureux revient chercher des gants oubliés chez sa jeune amante. Il la surprend rejouant devant le miroir toutes les mines qui l’avaient charmé et qu’il croyait spontanées. Le charme rompu, le futur moraliste s’exclame : “je viens de voir les machines de l’Opéra. Il me divertira toujours, mais il me touchera moins.” Cette scène fondatrice propose un programme démocritéen qui gouvernera les feuilles suivantes du Spectateur français : le moraliste “machiniste” (pour reprendre le mot de Fontenelle), examinera les hommes et s’amusera de ses réflexions sur le monde qu’il considère sur le mode du spectacle. La tâche du moraliste sera donc de faire la part entre ce qui relève de la machine et qui n’est dans l’optique marivaudienne, qu’imitation servile, et de ce qui relève de la nature individuelle.
14h45
Jean-Christophe Abramovici (Université de Valenciennes)
Sade et le désir machinal
L'imaginaire de la machine et de l'automate traverse la fiction sadienne. Non seulement on y rencontre d'étonnantes inventions servant les pulsions lubriques et violentes des personnages de libertins, mais le corps lui-même, délesté de toute référence à l'âme, est appréhendé à la suite de La Mettrie comme un ensemble de rouages et de ressorts... Mais qu'est-ce qu'une machine désirante ?
15h30
Pause
16h00
Gilles Bertrand, Gilles Montègre (Université Pierre Mendès France-Grenoble 2)
De la curiosité pour les automates dans l’Europe des Lumières : machines et mécanismes entre la France et l’Italie (1680-1820)
À partir des témoignages de contemporains ayant sillonné l’Italie, gens de lettres, diplomates, techniciens, ingénieurs ou inspecteurs des manufactures (Montesquieu, Perronet, Lalande, Latapie, Hamilton…), un parcours sera proposé pour tenter de reconstituer dans l’espace de la péninsule le double intérêt porté par les esprits (souvent) éclairés à des machines et machineries regorgeant de mécanismes. D’une part, une multitude d’objets sont perçus comme sources d’émerveillement, orientées vers le plaisir et l’ornement, d’autre part – et parfois face aux mêmes objets –, se trouve déclinée une curiosité technique ou scientifique. Celle-ci débouche sur l’inventaire des capacités de l’homme à dominer la nature en créant une sorte d’homme “artificiel” qui en décuple les forces, mais l’usage de ces mécanismes suscite également des craintes. Dès l’époque de Vaucanson, ces dernières se manifestent dans la perception de l’automatisation comme un danger. Elles se prolongent dans le “luddisme” dont la littérature française s’est fait l’écho jusqu’aux écrits de Théophile Gautier sur l’automate associé aux robots (1848-1852).
De Bologne à Naples et au Vésuve, de Lyon et Grenoble à Paris, de Rome à Venise en passant par le Piémont, toute une série de petits ou grands mécanismes arrêtent le regard des savants et gens du monde venus de France. Les Italiens ne sont pas en reste, qui comme le romain Nicola Zabaglia incarnent le point de rencontre entre les productions italiennes et l’intérêt des Français pour l’accumulation de ces objets, illustrés par Giovanni Bottari dans ses Castelli e ponti… (1743). À l’inverse le voyage de Vaucanson et de ses automates à travers l’Europe pose la question de la diffusion et réception d’une passion qui fut peut-être – c’est ce que nous chercherons à comprendre – l’un des vecteurs des formes cosmopolites de la curiosité.
16h45
Sophie Roux, Bernard Roukhomovsky
Clôture des travaux
17h00
Pot
Télécharger ce programme au format pdf
Langues du colloque : anglais, français.
ILLUSTRATIONS : “L'écrivain” et “La musicienne”, automates de Jaquet-Droz. Coll. et cliché © Musée d'Art et d'Histoire, Neuchâtel.
Le site du Comité d'organisation du Tricentenaire Vaucanson est hébergé par la MSH-Alpes. |
|